Ce jeudi 28 août, l’unité de traitement des déchets ménagers Kéréa/Solena va être inaugurée symboliquement à Viviez. Ce centre privé voit le jour suite à un contrat conclu entre le syndicat de traitement des déchets de l’Aveyron (SYDOM) et les entreprises Séché et Sévigné. Il doit s’accompagner d’un centre d’enfouissement des déchets à l’Igue du Mas à Aubin, entièrement privé.
Je suis engagé depuis mon premier mandat municipal en 2014 contre ce projet obsolète, démesuré, exorbitant pour l’ensemble des contribuables aveyronnais. Le projet Solena présente les risques d’un triple fiasco, financier, technique et juridique. Je reste cohérent et vigilant quant à l’avenir de ce site. A ce titre, je considère comme mon devoir d’alerter que c’est l’ensemble des Aveyronnais qui vont payer la note via leurs redevances et taxes déchets mais aussi les surcoûts qui ne semblent pas non plus maîtrisés. Ils s’élèvent déjà à 30 millions d’euros.
Au début chiffré à hauteur de 50 millions d’euros, le seul centre de traitement Kéréa va finalement coûter plus de 80 millions d’euros au contribuable, à la suite d’un avenant au contrat de délégation de service public voté par le SYDOM le 13 décembre 2023. Pour rappel, le Conseil départemental de l’Aveyron et le SYDOM auraient pu en 2016 opter pour une solution de traitement des déchets en régie publique avec TRIFYL, le syndicat tarnais, pour un coût qui était estimé moins cher de 10€ par tonne traitée.
Je m’étais également inquiété du surdimensionnement des installations prévues, bien loin des besoins réels du département. C’est en effet un centre calibré pour 90 000 tonnes de déchets par an qui va être inauguré le 28 août, quand l’Aveyron en a produit environ 51 000 tonnes en 2024. Ce volume baisse depuis plusieurs années et doit encore baisser selon les objectifs fixés par la loi. Un des paris des industriels était de traiter les déchets du Lot et du Cantal pour rentabiliser leur centre. Mais ces départements ont finalement opté pour des choix différents, notamment de trier et valoriser les biodéchets à la source.
L’insécurité juridique de Solena demeure. Des recours sont toujours en cours et la récente décision de la justice administrative suspendant les travaux de la A69 prouve que des projets d’aménagement peuvent être remis en cause, malgré le début des travaux. A ce titre, les porteurs du projet Solena auraient dû faire preuve de prudence et respecter leur promesse initiale d’attendre que l’ensemble des recours soient purgés avant d’entamer la construction de leurs installations.
Un autre service public de gestion des déchets, plus économe et vertueux, est possible. Il serait aussi davantage créateur d’emplois pérennes Notre département pourrait s’engager dans le traitement de nos biodéchets à la source, soit un tiers de nos poubelles, à proximité de leurs lieux de production. Le reste aurait pu être envoyé sur le site déjà existant de TRIFYL, sous un contrôle public. Avec les économies réalisées, une politique de réduction des déchets ambitieuse aurait pu être lancée à l’échelle du département. Je regrette que ce débat n’ait pas eu lieu et que la population n’ait pas été consultée.
Je ne serai donc pas présent à l’inauguration de Kéréa/Solena le jeudi 28 août. Ce centre ne répond pas aux nombreux sujets d’inquiétudes relatifs à la gestion des déchets en Aveyron et crée des nuisances et de nouveaux risques, notamment dans le Bassin où se situent ces sites. Les industriels porteurs de ce projet et les pouvoirs publics aveyronnais ont le devoir d’apporter des réponses aux habitants légitimement inquiets. Je suis disponible comme député de la circonscription pour participer à ces discussions nécessaires.
