Incendie de la SNAM: après cet accident industriel majeur, la transparence est indispensable

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L’incendie du site de stockage de batteries au lithium de la SNAM à Viviez qui s’est déclaré samedi 17 février constitue un accident industriel majeur. La demande de transparence et l’inquiétude exprimée par les habitants de Viviez, d’Aubin et du Bassin de Decazeville dans l’Aveyron sont légitimes. Voici le courrier public que nous avons adressé aux autorités avec la maire d’Aubin Christine TEULIER. Ce courrier exprime les inquiétudes et les questions de la population locale et formule des préconisations.

Laurent ALEXANDRE, député de l’Aveyron – 7 rue Clémenceau, 12300 Decazeville
Christine TEULIER, maire d’Aubin – Hôtel de ville, 1 place Maruéjouls, 12110 Aubin

                              Monsieur le Ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires
                              Monsieur le Ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités
                              Monsieur le Ministre délégué en charge de la Santé et de la prévention
                              Monsieur le Préfet de la Région Occitanie
                              Monsieur le Préfet de l’Aveyron
                              Monsieur le Directeur de l’Agence Régionale de Santé
                              Monsieur le Directeur départemental de l’ARS
                              Monsieur le Directeur régional de la DREAL
                              Monsieur le Directeur départemental du SDIS de l’Aveyron
                              Monsieur le Président de la Decazeville communauté
                              Monsieur le Directeur de la SNAM


                                                                                                            Decazeville, le 22 février 2024

Madame la Ministre, messieurs les Ministres, messieurs les Directeurs, monsieur le Président,

Un incendie a détruit samedi 17 février un bâtiment de la SNAM à Viviez qui stockait 900 tonnes de batteries au Lithium au cœur d’une zone urbaine de 15 000 habitants. L’entreprise SNAM est classée SEVESO seuil haut pour son activité de recyclage des batteries mais ce site incendié n’était pas concerné par ce classement.

Ce serait une erreur de banaliser cet événement. Il s’agit au contraire d’un accident industriel majeur. C’est la raison pour laquelle nous écrivons par la présente aux différentes autorités pour exprimer les inquiétudes de la population locale, obtenir des réponses et formuler des préconisations.

Dans la gestion d’un tel accident, la demande de transparence des citoyens est légitime. Il est indispensable que les pouvoirs publics mais aussi de l’entreprise y répondent. Cette transparence doit intégrer les facteurs ayant rendu possible cette catastrophe, les modalités de gestion de crise mais aussi la question du suivi sanitaire des populations et la surveillance des impacts environnementaux. 

Il s’agit surtout de décrire et comprendre les faits survenus ainsi que leurs impacts pour prévenir tout nouvel accident industriel à l’avenir et faire mieux en cas de crise.

L’incendie s’est déclaré aux environs de 14h avec un très important panache de fumée noire se dirigeant vers les communes d’Aubin et Cransac. Le bâtiment de 3000 m2 a été rapidement détruit. Une odeur très forte et acre s’est dégagée tout l’après-midi provoquant des irritations de la gorge et un goût de « métal » dans la bouche chez de nombreuses personnes. Un nuage de fumée est encore présent sur le Bassin, quatre jours après le début de l’incendie. Des déchets et objets incandescents ont été dispersés sous l’effet de la plume de fumée à une distance d’au moins 4,5 kilomètres.

Les mesures de toxicité des fumées qui ont été annoncées comme rassurantes n’ont été prises samedi qu’en début de soirée, bien après la dispersion du nuage dense de fumée, le temps que l’équipement et le personnel arrivent de Toulouse et Marseille. Il nous parait nécessaire que dans un département comme l’Aveyron, comptant plusieurs sites SEVESO, des instruments appropriées au contrôle de la toxicité des fumées soient disponibles à proximité ou plus rapidement. Depuis, la communication officielle de la préfecture de l’Aveyron indique que les résultats sont pour « la plupart » inférieurs aux limites de détection.

De plus, avoir affirmé dès le samedi soir, soit le jour même du sinistre, sur la base des premières mesures de toxicité des fumées que ce bâtiment et toutes ces batteries auraient brulé sans aucun risque pour les populations nous parait incongru. Il n’y a pas besoin d’être scientifique pour savoir que l’inhalation d’une fumée aussi dense est susceptible de créer des gènes respiratoires chez les personnes fragiles. Tous les spécialistes s’accordent au contraire à considérer que n’importe quel incendie produit des gaz toxiques. Nous prenons acte que la communication institutionnelle en la matière a évolué depuis et que des résultats de mesures ont été dévoilés partiellement, avec des préconisations adressées aux personnes les plus vulnérables. Nous demandons à présent que les mesures des émissions atmosphériques de toxicité des fumées soient rendues publiques, par jours, heures et lieux, de manière accessible au grand public et que toutes les dispositions soient prises pour procéder aux mesures des impacts sanitaires et environnementaux, y compris des sols ainsi que des eaux de surface et souterraines.

Quelle est la nature et la toxicité de la fumée noire survenue dans les premières heures de l’incendie ? Par ailleurs, depuis dimanche, nous avons constaté la présence d’une sorte de fumée blanche de type brume se dégageant du site de l’incendie, particulièrement au matin. Des citoyens nous ont rapporté son caractère irritant et incommodant. Quelle est la nature exacte de cette fumée et si elle n’est pas identifiée, des analyses ont-elles été menées en ce sens ? Il nous semble important de l’identifier le plus rapidement possible. La population doit être tenue informée, avec des mesures éventuelles de sécurité renforcée à prendre si nécessaire.

Nous sollicitons également les autorités sanitaires afin d’installer sur place une cellule permettant à toutes les personnes qui en feront la demande d’être examinée et de procéder à des prélèvements et analyses sanguines, capillaires et urinaires, en fonction des recommandations d’experts toxicologiques. Cela nous semble être une réponse appropriée aux inquiétudes des habitants concernant l’impact de l’incendie sur leur santé. C’est une demande exprimée par de très nombreux riverains lors des porte-à-porte effectués par les élus municipaux d’Aubin. La communication de la préfecture de l’Aveyron a invité par ailleurs les habitants à prendre conseil auprès d’un médecin. Nous rappelons qu’une grande partie de habitants du secteur n’ont pas de médecin traitant. De plus, ces derniers ont-ils les moyens et les outils nécessaires pour opérer des analyses adaptées à cette situation et pour recevoir la population à cet effet alors qu’ils sont déjà débordés ?

Concernant les facteurs ayant pu conduire à cette catastrophe, la lumière devra être faite sur les causes de l’incendie. D’ores et déjà, nous invitons les autorités et l’industriel à répondre à cette question : est-ce que le bâtiment qui a brûlé était adapté à recevoir le stockage de 900 tonnes de batteries Lithium ? Etant donné le caractère inflammable des batteries en question, il parait étonnant de les stocker dans un bâtiment ancien avec une grande charpente en bois qui propage l’incendie et sans aucune compartimentation de sécurité. Nous demandons aussi aux autorités de communiquer la nature exacte des produits qui étaient stockés ainsi que le tonnage par nature de produits. A quel stade de recyclage en étaient ces batteries ? Pourquoi stocker autant de batteries eu égard à l’activité annuelle de la SNAM sur Viviez ? Les batteries de Lithium stockées dans le bâtiment principal « Seveso haut » de la SNAM sont compartimentées selon un protocole précis. Pourquoi les mêmes précautions n’étaient pas prises dans le bâtiment qui a brûlé ? Il est également nécessaire de connaître les caractéristiques exactes du bâtiment, sa date de construction et notamment s’il y avait de l’amiante.

Nous en venons maintenant à la gestion de la crise. La population a constaté que le système d’alerte en cas d’accident industriel sur le Bassin est déficient. Cela est étonnant dans un territoire avec plusieurs activités à risque, une usine Seveso seuil haut et des risques miniers. La décision de confinement de la population dans un rayon de 500 mètres a été prise assez rapidement mais force est de constater que cette information n’est pas parvenue à la plupart des personnes concernées, comme en attestent de nombreux témoignages. Une décision de déconfinement a ensuite été prise en début de soirée et communiquée, cette fois avec plus d’efficacité, aux habitants. L’information à la population au moment du sinistre a ainsi semblé pour le moins confuse et insuffisante.

Le dimanche matin, le périmètre de pollution perceptible par son odeur s’était élargi à plusieurs kilomètres du sinistre, des hauteurs de Figeac à Montbazens. Dans les heures et jours qui ont suivi, l’odeur des fumées s’est imprégnée dans les habitations.

Nous souhaitons également alerter concernant les multiples déchets issus des projections de l’incendie et qui sont retombés jusqu’à 4,5 kilomètres du sinistre. On en retrouve dans les pâturages, sur de hautes toitures, dans des jardins publics, sur des stades, autour d’établissements scolaires… Quelle est la nature de ces déchets ? Certains peuvent-ils être nocifs ou toxiques ? Les gens peuvent-ils eux-mêmes les ramasser ? Quelle filière de récupération et de traitement pour ces déchets ? Il nous semble urgent que des informations précises soient données aux citoyens. De même, ces objets qui jonchent les sols doivent être nettoyés le plus rapidement possible dans des conditions de sécurité optimales. Il est d’autant plus important d’informer les citoyens que certains se posent la question de s’organiser pour ramasser ces déchets. S’il y a un risque quelconque à les manipuler, même minime, la population doit en être avisée, un périmètre des retombées défini et des méthodes de recensement efficaces élaborées.

Quant aux objets projetés en l’air qui sont retombés encore incandescents dans un large périmètre, heureusement que les sols étaient encore humides et que nous sommes en hiver. Le même sinistre en été, quand tout est sec, aurait pu dégénérer avec une démultiplication de foyers incendiaires. Que dire des conséquences d’un tel incendie avec ces projections incandescentes si celles-ci étaient retombées sur les sites envisagés pour le traitement et le stockage de plus de 90 000 tonnes de déchets ménagers à Aubin et à Viviez. De tels sites sont régulièrement sujets à des incendies. Pire encore, nous rappelons que le site de la SNAM classé Seveso seuil haut est situé au pied de ce projet de centre de traitement des déchets, ce qui cumule les risques avec le danger d’un effet domino, au cœur même d’une zone urbaine.

Cet accident industriel doit donc sonner comme un avertissement. En plus de la transparence nécessaire sur les causes de cette catastrophe et ses impacts environnementaux et sanitaires, nous devons en tirer des leçons en matière de gestion du risque industriel et de prévention.

Il serait bienvenu d’envisager la création d’une commission de suivi des suites de cet accident et d’inviter les associations environnementales nationales et locales et les habitants à y participer.

Nous vous remercions pour vos réponses et vous prions de croire à nos salutations républicaines les meilleures.

Laurent ALEXANDRE, député de l’Aveyron                                 Christine TEULIER, maire d’Aubin

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